Le « Bon Goût Français » de M. Rameau

January 19, 2017

 Rameau, on ne l’a jamais vraiment oublié dans l’histoire - même s’il aura fallu attendre 100 ans - contrairement à beaucoup d’autres compositeurs qui ont été balayés par les vents à la fois de la Révolution Française et du Romantisme. Mais il fait partie de ces fiertés nationales qu’on met à l’honneur en espérant qu’il serve des causes beaucoup plus actuelles que le simple souvenir. son oeuvre, véritable manifeste du « Bon Goût Français » est une aubaine pour le monde de la musique baroque d’aujourd’hui.

 

Mais qui était ce Rameau pour lequel désormais tous s’enthousiasment ? Renouvelant le langage musical en faisant évoluer le style baroque français jusqu’à son apogée, Rameau n’a commencé à connaître le succès qu’après 40 ans. D’abord interprète et théoricien de la musique, avant même d’être compositeur. Les pièces pour clavecin qu’il compose ne le font pas connaître. Comment cet homme réputé pour sa science théorique, mais peu pour ses qualités humaines, natif de Dijon, va-t-il donc devenir musicien du royaume et gloire de la musique française ?

 

L'émouvante écriture de Jean-Philippe Ramau dans cet exemplaire de son Traité de l'Harmonie (BNF)

 

La rencontre qu’il fait avec le fermier général Alexandre Le Riche de La Pouplinière, riche mécène, est déterminante. Dijonnais lui aussi, il lui finance un orchestre, organise des fêtes dans lesquelles Rameau fait montre de ses talents de compositeur et où il rencontre plusieurs librettistes, notamment Voltaire et Rousseau. Enfin, ces rencontres sont des opportunités qu’il saisit et ce jeune compositeur de 50 ans se met à l’ouvrage et enchaîne les succès : Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux, Dardanus, Les Indes Gallantes. Rameau devient le musicien de la tragédie lyrique, y mêlant le ballet. André Campra, alors vieillissant, dira d’Hippolyte et Aricie : « Il y a assez de musique dans cet opéra pour en faire dix. » Ce qui résume assez bien l’incroyable richesse d’écriture du compositeur qui surpasse tout ce qui s’était fait jusque là. Le succès ne va plus se démentir.

 

 

Rameau représente ce style français jusque dans la querelle des bouffons. Cette opposition entre le style français, représentation musicale de la monarchie et de son pouvoir absolu, et les sympathisants de l’opéra-bouffe, plus en correspondance avec l’idéal esthétique des Lumières, aura raison de la musique française dans son modèle lulliste. Les critiques se focalisent sur Rameau qui tiendra le cap, quitte à apparaître, pour les générations futures également, comme dépassé. Il est donc l’apogée du style et en même temps son dernier représentant. C’est aussi probablement pour cela qu’il est adulé hier et aujourd’hui par un public qui est sensible à un foisonnement théâtral exceptionnel.

 

D'Hippolyte et Aricie aux Boréades - dernière oeuvre composée à plus de 80 ans -, Rameau offre un imaginaire musical éclatant et riche d’une palette émotionnelle qui sait exprimer aussi bien l’orage et le tumulte que le sentiment le plus intime. Il avait également particulièrement saisi avant l’heure la nécessité d’offrir un spectacle total. Ainsi la danse fait-elle partie intégrante non seulement de la scénographie mais aussi de la musique elle-même. L’idée du mouvement, si elle n’est pas nouvelle, est portée par Rameau au faîte du genre. Par ailleurs, si les oeuvres de Lully, qu’on considère comme l’initiateur du style opéra français, s’adaptent difficilement à une mise en scène moderne, celles de Rameau sont tellement universelles qu’elles s’épanouissent aussi dans une vision contemporaine. Enfin, le génie de Rameau c’est aussi le sens de la mélodie, quoi qu’en disent les détracteurs. De la Danse des Sauvages dans Les Indes Galantes à la Folie dans Platée, c’est une succession de « tubes » que beaucoup d’entre nous encore aujourd’hui savent sinon fredonner du moins reconnaître.

 

Les Indes galantes : Maquette de décor en volume : troisième entrée : "Les fleurs" / Henry-Raymond Fost et Maurice Moulène. Paris : Opéra national de Paris - Palais Garnier, 18 juin 1952.

 

 

 

 

 

 

 

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